Création spectacle vivant 2000

Fabienne pour Juliette

Ma robe porte des fleurs, un bouquet rouge sang. Quand je détend la poitrine, je sens mon coeur, et tout autour comme des griffes, un jardin m’enserre et respire. Quelquefois, les sensations m’éprouvent si fort, que mes jambes sont à la place des bras, les pieds aux oreilles, les yeux dans la paume des mains. Je ne cherche pas de significations au monde, je vois bien que tout est mystérieux.

La nuit, je rêve que maman meurt, et quand il m’arrive de tomber sur la route, ce souvenir me revient. Dans l’ombre épaisse de ses pas, je me demande si les os de ma mère, une fois calcinés par la mort, seront encore visibles parmi les cendres.

Couchée dans ses bras, comme un enfant mort, c’est surtout une sensation de pesanteur que lui donne ma présence. Mais avec moi qui ne parle pas, il est comme seul avec lui-même.

J’écoute le ciel. La lune a l’oeil brillant du loup.


Des visages imprévus apparaissent comme des tâches, flottant maintenant, ainsi que des ballons, entre les pans de tissus pâles. Absolument nets, de petits yeux multiplient des sourires, ils s’attardent sur moi et m’embrasent comme les ors profonds d’un soleil couchant.

Les membres obstinés s’entrecroisent dans les plis de mon lit comme dans les angles d’ une boite.

Si je penche la tête en arrière, le monde tourbillonne avec moi. Les montagnes sont poilues comme le torse d’un singe. J’entend la forêt qui meurt. Des feuillages rouges glissent et tombent du ciel. Des buissons murmurent à mes oreilles. Les mélèzes me regardent impassibles. Dans mes yeux le soleil explose.


L’espace devient un ciel qui m’étourdit. Un sommeil lourd finit toujours par éclipser ce visiteur étrange, piqué d’étoiles.

Dans mon oeil, ta main se promène comme un oiseau. Une gorgée, une bouchée, le bruit cadencé des couverts sur la table, cette main ravissante qui s’approche, s’éloigne, et que je veux étreindre, permets-moi de m’y reposer. Mais elle se retire et vivement m’échappe. Je tombe dans un vide sans fond. Cette main passe comme un nuage. Mordante et rapide ma fourchette s’enfonce dans le creux de ta chair blanche, ouvre et découvre ton coeur transpercé par mon désespoir. Tu m’ as mis au monde, mais il n’y a pas de monde.

Ton coeur électrique semble vouloir sortir de la vie comme d’un manteau.

Jetée sur un banc où tu n’es plus, ta chemise blanche ouvre ses bras. Le vent frôle ta tête ronde d’où tes baisers partent du coeur pour atteindre ma joue.

Comme toi, je voudrais m’effacer. Devenir le jouet du vent.

Une petite roue glisse, tourne, court autour du ciel, démultipliant jambes et bras, lèvres et pieds à la verticale. La route chante (…)

Par la fenêtre, suspendue au dessus, je colle mon front sur le torrent qui embrasse les songes comme une immense bouche noire. L’eau que peuplent des images coule et ne revient pas. Tout en dansant, le muscle argenté d’une truite a mangé mon rêve.